{"id":1981,"date":"2019-05-13T11:41:11","date_gmt":"2019-05-13T11:41:11","guid":{"rendered":"http:\/\/theodoregrammatas.com\/?p=1981"},"modified":"2019-05-13T11:41:11","modified_gmt":"2019-05-13T11:41:11","slug":"du-sacre-au-profane-et-vice-versa-l-aventure-et-l-avenir-du-mythe-theatral","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/theodoregrammatas.com\/?p=1981&lang=en","title":{"rendered":"Du sacre au profane et vice versa? L&#8217; aventure et l&#8217; avenir du mythe theatral"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"dropcap\">L<\/span><!--\/.dropcap-->a trag\u00e9die grecque ancienne repr\u00e9sentant l&#8217; \u00e9cho des exp\u00e9riences religieuses et existentielles de l&#8217; homme primitif, dramatis\u00e9es par des notions telles que &#8220;\u03cd\u03b2\u03c1\u03b9\u03c2&#8221; et &#8220;\u03bd\u03ad\u03bc\u03b5\u03c3\u03b9\u03c2&#8221;, &#8220;\u03b5\u03b9\u03bc\u03b1\u03c1\u03bc\u03ad\u03bd\u03b7&#8221; et &#8220;\u03ac\u03c4\u03b7&#8221;, se sert du mythe comme noyau th\u00e9matique et moyen expressif, ce dont elle a besoin.<!--more--><\/p>\n<p>Qu&#8217; il s&#8217; agisse d&#8217; une histoire spatio-temporellement pr\u00e9cise des actions h\u00e9roiques, ou de faits exceptionnels des personnages v\u00e9cus auparavant dans un pass\u00e9 lointain, le mythe constitue toujours le canevas indispensable au th\u00e9\u00e2tre depuis son origine en Gr\u00e8ce antique, jusqu&#8217; \u00e0 nos jours.<\/p>\n<p>Le temps passe, le th\u00e9\u00e2tre se transforme, les mythes se multiplient et se diversifient, sans pour cel\u00e0 perdre leur importance, qui demeure autant chez nous, que chez les grecs.<\/p>\n<p>L&#8217; aventure du mythe th\u00e9\u00e2trale, les transformations et les modifications qu&#8217; il a subi, les refus, les explications et les contresens qui lui ont \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9s au fil du temps, sont bien connus. Ce qui nous reste \u00e0 definir, c&#8217; est son avenir.<\/p>\n<p>Or, le but de notre expos\u00e9 est d&#8217; essayer d&#8217; esquisser la fonctionnalit\u00e9 et la representativit\u00e9 du mythe th\u00e9\u00e2tral, et, s&#8217; il y a lieu, chez les publics futurs, son contenu essentiel et sa form esth\u00e9tique, fruits des conditions historiques \u00e0 venir.<\/p>\n<p>Va-t-il donc suivre son \u00e9volution lin\u00e9aire d\u00e9termin\u00e9e, qui progressivement le s\u00e9pare de ses origines religieuses, ou est-ce qu&#8217; il reviendra de fa\u00e7on circulaire \u00e0 ses sources primitives, reproduisant ainsi des mod\u00e8les th\u00e8\u00e2traux &#8220;sacr\u00e9s&#8221;, disparus depuis longtemps dans l&#8217; oubli de la cr\u00e9ation th\u00e9\u00e2trale? Nous croyons que dans les si\u00e8cles prochains, le mythe au th\u00e9\u00e2tre, autant au niveau\u00a0 du texte dramatique, que de l&#8217; action sc\u00e9nique restera valable et efficace. Ce ne sera que par sa m\u00e9diation que la conscience artistique de l&#8217; homme va essayer de trancender ses bor- nes spatio-temporels d&#8217; un &#8220;ici&#8221; et d&#8217; un &#8220;maintenant&#8221; et s&#8217; \u00e9tandra dans la dimension de l&#8217; intertemporel et du transhumain.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 les indications et les param\u00e8tres de notre pens\u00e9e qui favorisent nos suppositions et m\u00e8nent de fa\u00e7on raisonable nos conclusions.<\/p>\n<ol>\n<li><strong><u> Mythologie th\u00e9\u00e2trale-Mythification dramatique<\/u><\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>Le th\u00e8me de la trag\u00e9die &#8220;Oedipe Roi&#8221; de Sophocle ou d&#8217; &#8220;Agamemnon&#8221; d&#8217; Aeschyle ne sont pas comme toutes les trag\u00e9dies grecques anciennes par ailleurs, cr\u00e9\u00e9s &#8220;ex nihilo&#8221; par les po\u00e8tes tragiques. Ils \u00e9taint tr\u00e8s connus chez les grecs par leur tradition orale ou \u00e9crite, de sorte que, lorsque Aristote dans sa &#8220;Poetique&#8221; insiste sur le fait que le mythe constitue le noyau de la trag\u00e9die (Poetique 1453b, 1), il ne fait que la th\u00e9orisation d&#8217; id\u00e9es bien claires chez les premiers po\u00e8tes tragiques, Pratinas, Phrynichos et Chyrilos: le mythe forme &#8220;conditio sine qua non&#8221; de la trag\u00e9die.<\/p>\n<p>Le mythe th\u00e9\u00e2trale, n\u00e9anmoins, d\u00e8s le moment m\u00eame de son apparition, ne se pr\u00e9sente que comme une &#8220;histoire&#8221;, ne pouvant \u00eatre autrement per\u00e7ue par la conscience de l&#8217; homme qui est depuis de temps eloign\u00e9 du monde primitif, de l&#8217; homme qui n&#8217; a point de conception mythique du monde mais qui, en revanche, est l&#8217; inventeur du rationalisme.<\/p>\n<p>Par consequant, les spectateurs dans le th\u00e9\u00e2tre antique comme dans le th\u00e9\u00e2tre contemporain, par ailleurs, savent bien que le spectacle auquel ils assistent, n&#8217; est pas r\u00e9el mais illusioniste, qu&#8217; il n&#8217; est point objectivement existant, mais symboliquement repr\u00e9sent\u00e9. Cependant, cette convention mutuelle \u00e9tablie entre acteurs sur sc\u00e8ne et public en salle, prend toujours en charge le fait que, le jeu de com\u00e9diens et les r\u00f4les jou\u00e9s par eux, l&#8217; action dramatique et les \u00e9nonc\u00e9s sc\u00e9niques, sont fictifs et non pas r\u00e9els, ils sont indices d&#8217; une valeur s\u00e9mantique et non pas des donn\u00e9s existants.<\/p>\n<p>Or, m\u00eame si parfois la r\u00e9alit\u00e9 du texte dramatique se met en priorit\u00e9 et le mythologique dispara\u00eet, r\u00e9ciproquement, pour donner naissance au drame historique ou bourgois, ou inversement le mythe r\u00e9aparra\u00eet et l&#8217; histoire lui c\u00e8de sa place, pour former la trag\u00e9die, sous ses aspects multiples, il ne s&#8217; agit que de la m\u00eame chose repr\u00e9sent\u00e9e de mani\u00e8re differente.<\/p>\n<p>Nous remarquons donc que, dans l&#8217; histoire du th\u00e9\u00e2tre, il y a des p\u00e9riodes auxquelles des th\u00e8mes historiques et r\u00e9els dominent la cr\u00e9ation dramatique, tandis qu&#8217; a d&#8217; autres des sujets mythologiques forment son expression repr\u00e9sentative.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, m\u00eame dans le cas d&#8217; une cr\u00e9ation r\u00e9aliste, qui exclue absolument toute sorte de &#8220;mythique&#8221; ou ne trouve qu&#8217; une cr\u00e9ation fictionnelle, donc &#8220;mythifi\u00e9&#8221; \u00e9quivalente \u00e0 n&#8217; importe quelle mythologie dramatique traditionnelle.<\/p>\n<p>Ce fait nous permet d&#8217; adopter la conclusion que &#8220;mythe&#8221; et &#8220;histoire&#8221; en th\u00e9\u00e2tre ne forment que les deux c\u00f4t\u00e9s du m\u00eame contenu, donc cette &#8220;lutte \u00e0 la corde&#8221; entre eux, n&#8217; est pas une contradiction r\u00e9elle mais artificielle, unifi\u00e9 sous la notion de &#8220;mythologie th\u00e9\u00e2trale&#8221; ou plut\u00f4t de la &#8220;mystification dramatique&#8221;. Par del\u00e0 provient notre premier \u00e9l\u00e9ment justifiant notre point de vue personnel, que le mythe restera toujours le\u00a0 v\u00e9hicule n\u00e9cessaire pour que le th\u00e9\u00e2tre soit per\u00e7ue par le public sous forme d&#8217; action sc\u00e9nique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"2\">\n<li><strong><u> Universalit\u00e9 du mythe-Temporalit\u00e9 de l&#8217; histoire<\/u><\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>Le r\u00e9alisme, fruit du rationalisme occidental, m\u00e8ne vite la dramaturgie \u00e0 ses fins, puisque il \u00e9puise toutes ses possibilit\u00e9s esth\u00e9tiques, th\u00e9matiques et sc\u00e9niques. De G. Hauptman et H. Ibsen, jusqu&#8217; \u00e0 T. Williams et A. M\u00fcller, le r\u00e9alisme sous ses plusieures nuances, nous a offert la description objective de la r\u00e9alit\u00e9 historique. Cependant, plus il pr\u00e9tend exprimer l&#8217; objectivit\u00e9, plus il s&#8217; encercle dans ses propres limites par lesquelles il est incapable de fuir \u00e0 cause des m\u00eames raisons qui lui ont donn\u00e9 naissance: la temporalit\u00e9, la spatialit\u00e9, et l&#8217; imm\u00e9diatet\u00e9 repr\u00e9sentatives. Cette justification absolue et cette narration objective des faits, cette repr\u00e9sentation fid\u00e8le des actions et cette description des effets dramatiques, sont devenues progressivement la &#8220;mythologie bourgeoise&#8221; typiquement perceptibles chez A. Tchecov et Aug. Strintberg, Eug. O&#8217; Neill et L. Pirandello.<\/p>\n<p>En revanche, depuis le mythe th\u00e9\u00e2tral de la trag\u00e9die ancienne \u00a0jusqu&#8217; \u00e0 H. von Hofmannsthal, J. Anouilh et J. Cocteau, dispose d&#8217; une valeur multi-s\u00e9mantique, capable de r\u00e9presenter plusieurs \u00e9l\u00e9ments, \u00e9ventuellement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, qui d\u00e9passent l&#8217; &#8220;\u00eatre le-l\u00e0&#8221; quelque soit leur pr\u00e9sence concr\u00e8te.<\/p>\n<p>Car, la focalisation de l&#8217; inter\u00eat dramatique sur un cas pr\u00e9cis, ou l&#8217; emphase donn\u00e9e sur l&#8217; aspect sp\u00e9cifique de l&#8217; exemple caract\u00e9ristique d&#8217; une &#8220;histoire&#8221; chez F. G. Lorca ou B. Brecht, m\u00eame si celle-ci constitue une pi\u00e8ce mod\u00e8le, elle ne dispose que d&#8217; une valeur strictement reserv\u00e9e \u00e0 un public donn\u00e9, et non pas indefinie. Ces derniers, sont les dons du mythe th\u00e9\u00e2tral au spectateur: la cr\u00e9ation d&#8217; une &#8220;histoire&#8221; sc\u00e9nique qui est repr\u00e9sentative de l&#8217; individualisation des notions universelles, de sa substentialisation des puissances ultra-mondaines qui d\u00e9passent les limites de l&#8217; \u00eatre humain, la th\u00e9orisation du concret et l \u00e9largissement de l&#8217; exemple denot\u00e9 sur sc\u00e8ne, de sorte que le spectateur puisse transender l&#8217; obstacle du concret et trouver sa propre d\u00e9livrance (&#8220;\u03ba\u03ac\u03b8\u03b1\u03c1\u03c3\u03b9\u03c2&#8221;) selon ses propres expectations et attentes.<\/p>\n<p>Par del\u00e0, provient l&#8217; enrichissement du th\u00e9\u00e2tre et son allongement formel et essentiel vers la dimension du &#8220;trans-humain&#8221; et de l&#8217; &#8220;inter-culturel&#8221;, n\u00e9cessairement fond\u00e9s non plus sur l&#8217; &#8220;historique&#8221; mais au cycle &#8220;mythique&#8221; de la cr\u00e9ation th\u00e9\u00e2trale.<\/p>\n<p>Les raisonnements pr\u00e9expos\u00e9s, renforcent, il nous semble, notre point de vue personnel, que le th\u00e9\u00e2tre a venir ne pourra exister en dehors du mythe, tel qu&#8217; il nous est arriv\u00e9 d\u00e8s son origine, jusque&#8217; \u00e0 nos jours.<\/p>\n<p>Cependant, il nous reste \u00e0 d\u00e9finir la pr\u00e9cision exacte du caract\u00e9re et la nature dont celui-ci va disposer.<\/p>\n<p>Aux nouvelles questions qui ainsi surgissent, nous devons offrir de nouvelles r\u00e9ponses, capables d&#8217; esquisser son statut formel et essentiel.<\/p>\n<p>Nous insistons donc sur le fait que, cet aspect et cette notion future du mythe th\u00e9\u00e2tral, s&#8217; attachera de nouveau \u00e0 sa forme archetype, dialectiquement transform\u00e9e et enrichie, qui exprimera les besoins existentiels et les questions m\u00e9taphysiques de l&#8217; homme dans le mill\u00e9naire prochaine.<\/p>\n<p>Voici donc nos points de d\u00e9part qui nous m\u00e8nent vers cette conception.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol>\n<li><strong><u> L&#8217; Intertextualit\u00e9 dramatique<\/u><\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>Les auteurs dramatiques du dernier quart du XXe si\u00e8cle (H. M\u00fcller, St. Berkov, Y. Missima, S. Sch\u00fctz, C. Churchill, W. Soyinka e.a.), prennent conscience que la culture occidentale aboutit pratiquement \u00e0 un impasse. Ils laissent donc la certitude de leur pass\u00e9 historique et de leur tradition th\u00e9\u00e2trale nationale et se plongent dans les r\u00e9cits mythiques essayant d&#8217; y trouver les r\u00e9ponses aux questions qu&#8217; ils se posent. Mais, tandis que leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs (H. v. Hofmansthal, G. Giraudoux, Eug. O&#8217; Neill, J. P. Sartre, e.a.) se servent du mythe pour former leur propre discours dramatique, eux se dialoguent avec les textes mythiques. Ils osent mettre en contact des personnages et des r\u00e9cits mythologiques qui appartiennent \u00e0 de cultures diff\u00e9rentes,\u00a0 mettre en dialogue des h\u00e9ros historiques et des h\u00e9ros mythologiques, ou plut\u00f4ts cr\u00e9er des synth\u00e8ses personnelles auxquelles mythe et histoire, pr\u00e9sent et pass\u00e9 cohexistent de fa\u00e7on conciliable.<\/p>\n<p>C&#8217; est ainsi qu&#8217; ils produisent des oeuvres th\u00e9\u00e2trales qui repr\u00e9sentent leurs propres id\u00e9es, celles de cr\u00e9ateurs contemporains qui tentent de r\u00e9pondre aux questions contemporains (discriminations raciales, sexisme, relations familiales et sociales, etc.) par la m\u00e9diation d&#8217; une &#8220;histoire&#8221; mythique. Ils r\u00e9ussissent donc \u00e0 cr\u00e9er une mythologie personnelle, fond\u00e9e sur la mythologie th\u00e9\u00e2trale dite &#8220;traditionelle&#8221; et \u00e0 pr\u00e9senter des pi\u00e8ces &#8220;inter-textes&#8221; d&#8217; une nuance contemporaine tout autant qu&#8217; \u00e9ternelle.<\/p>\n<p>Plus les conditions sociales deviennent difficiles, plus l&#8217; angoisse existentielle de l&#8217; homme s&#8217; accentue, plus les r\u00e9f\u00e9rences aux archetypes th\u00e9\u00e2traux se multiplient et la pr\u00e9sence du mythe th\u00e9\u00e2tral devient fr\u00e9quente.<\/p>\n<p>Car l&#8217; histoire, l&#8217; intrigue ou la fable trop bien ficel\u00e9es des pi\u00e8ces dramatiques bas\u00e9es sur un &#8220;historique&#8221; sont d\u00e9sormais suspects. Les auteurs contemporains cherchent \u00e0 d\u00e9narrativiser leur textes dramatiques, \u00e0 \u00e9liminer tout r\u00e9p\u00e8re narratif concret, permettant de reconstituer une fable. Ils laissent, donc, a part la certitude d&#8217; une &#8220;histoire&#8221; d\u00e9finie quelquonque et maintiennent leur oeuvre comme objet ouvert, \u00e9bauche des questions multiples dons ils ignorent parfois eux-m\u00eames la r\u00e9ponse, \u00e0 ce que le spectateur devienne facteur indispensable au d\u00e9codage des \u00e9nonc\u00e9s sc\u00e9niques.<\/p>\n<p>C&#8217; est ainsi que des personnages mythiques tels que Oedipe et M\u00e9d\u00e8e, Prom\u00e9th\u00e9e et Cl\u00e9t\u00e9mn\u00e8stre redeviennent la cible de la dramaturgie moderne, puisque l&#8217; inter\u00eat des auteurs se tourne autour d&#8217; eux. Mais, en m\u00eame temps, leur qualit\u00e9s et leurs signes distinctifs, connus par le th\u00e9\u00e2tre traditionel, se melangent avec d&#8217; autres, et parfois se remplacent par des sp\u00e9cificit\u00e9s n&#8217; existants points chez les personnages originaux, fruits de la temporalit\u00e9 de leur cr\u00e9ation et des inter\u00eats de la soci\u00e9t\u00e9 moderne \u00e0 laquelle ils s&#8217; adressent.<\/p>\n<p>Or, le mythe th\u00e9\u00e2tral formellement nenouvel\u00e9 et th\u00e9matiquement enrichi, sous la forme de l&#8217; intertextualit\u00e9 et parfois de la m\u00e9tath\u00e9\u00e2tralit\u00e9, redevient le moyen expressif convenant \u00e0 la recherche d&#8217; une identit\u00e9 culturelle moderne de l&#8217; homme aux bords du nouveau mill\u00e9naire. Il repr\u00e9sente, \u00e9galement, l&#8217; interm\u00e9diaire communicatif, qui se tourne vers le pass\u00e9 afin d&#8217; y decouvrir des v\u00e9rit\u00e9s valables au pr\u00e9sent, qui se plonge dans l&#8217; &#8220;ultra-temporel&#8221; afin d&#8217; exprimer le temporel, indiquant ainsi (tout en \u00e9tant le th\u00e9\u00e2tre de l&#8217; avant-garde), le chemin que, peut \u00eatre, le th\u00e9\u00e2tre va suivre dans son avenir proche.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"2\">\n<li><strong><u> L&#8217; interculturalit\u00e9 th\u00e9\u00e2trale<\/u><\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>L&#8217; action sc\u00e9nique constitue le moment de l&#8217; accomplissement du th\u00e9\u00e2tre, puisqu&#8217; elle contient en m\u00eame temps le text \u00e9crit par l&#8217; auteur et les autres \u00e9l\u00e9ments artistiques de la mise en sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>La r\u00e9alisation du r\u00e9sultat esth\u00e9tique s&#8217; effectue par la collaboration de facteurs multiples (points de vue du metteur en sc\u00e8ne, jeu des comm\u00e9diens, sc\u00e9nographe, costumes, \u00e9clairages, e.c.t.) qui, dans leur ensemble, forme le caract\u00e8re &#8220;inter-&#8220;, &#8220;ultra-&#8220;, ou &#8220;ante-&#8220;, &#8220;-culturel&#8221; du th\u00e9\u00e2tre moderne.<\/p>\n<p>Ces notion biens d\u00e9velop\u00e9es chez les repr\u00e9sentations de A. Mnouschkine (&#8220;L&#8217; Indiade&#8221;, &#8220;Les Atrides&#8221;), de P. Brook (&#8220;Machabarata&#8221;), de B. Wilson (&#8220;Gospel at Colonus&#8221;), nous offrent avec beaucoup de succ\u00e8s la synth\u00e8se sc\u00e9nique effectu\u00e9e par des \u00e9l\u00e9ments de provenance culturelle diverse, ou de fonctionnement esth\u00e9tique diff\u00e9rent, unifi\u00e9s sous la direction artistique du metteur en sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>C&#8217; est ainsi que le th\u00e9\u00e2tre, \u00e0 la fin du XXe si\u00e8cle, arrive \u00e0 transcender les bornes nationaux et les traditions culturelles pr\u00e9cises qui se diversifient l&#8217; une de l&#8217; autre et emp\u00eachent le contact international de l&#8217; homme par la m\u00e9diation th\u00e9\u00e2trale. Le spectacle sc\u00e9nique chez-eux, s&#8217; \u00e9tand en dehors et au-del\u00e0 du concret du sujet dramatique et des attentes psychologiques et intellectuelles du public pr\u00e9cis, vers la dimension universelle et trans-historique du th\u00e9\u00e2tre, comme espace privilegi\u00e9 d&#8217; expression artistique.<\/p>\n<p>Or, la structuration du texte dramatique et la forme de la repr\u00e9sentation pr\u00e9domen\u00e9es par des notion aristoteliennes, ou tout au moins traditionelles, se mettent de c\u00f4t\u00e9, c\u00e9dant la place aux crit\u00e8res nouveaux et aux conceptions diff\u00e9rentes concernants le r\u00f4le du th\u00e9\u00e2tre ainsi que sa mission sociale et artistique.<\/p>\n<p>Ces mises-en sc\u00e8ne se tournent ainsi parfois vers les origines du th\u00e9\u00e2tre au temps des c\u00e9r\u00e9monies de l&#8217; homme primitif et cherchent \u00e0 renforcer le jeu des acteurs par des forces d\u00e9couvertes par l&#8217; anthropologie th\u00e9\u00e2trale. Ils ne craignent pas de se servir de moyens expressifs de provenance culturelle diff\u00e9rente et parfois contradictoire, produisant ainsi une synth\u00e8se de la culture occidentale et orientale, un dialogue trans-humain par les biais de leur cr\u00e9ation sc\u00e9nique.<\/p>\n<p>L&#8217; imm\u00e9diatet\u00e9 de l&#8217; expression corporelle des comm\u00e9diens, la repr\u00e9sentativit\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments sc\u00e9niques (costumes, musique, d\u00e9cor), l&#8217; intertextualit\u00e9 du th\u00e8me dramatique, cr\u00e8ent un spectacle qui d\u00e9passe les limites d&#8217; un inter\u00eat personnel et touche le monde entier. Par cons\u00e9quant, le th\u00e9\u00e2tre m\u00eame devient un ph\u00e9nom\u00e8ne artistique interculturel plac\u00e9 au croisement des cultures, capable de donner des r\u00e9ponses aux besoins d&#8217; un public contemporain et futur.<\/p>\n<p>El\u00e9ment n\u00e9cessaire et indispensable \u00e0 la tendance pr\u00e9dite et disposant d&#8217; une valeur primordiale, demeure le mythe qui, sous formes diverses, repr\u00e9sente la notion de l&#8217; interculturalit\u00e9 th\u00e9\u00e2trale.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"3\">\n<li><strong><u> Conclusion<\/u><\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>Le th\u00e9\u00e2tre contemporain se trouve au seuil des changements fontamentaux qui vont, peut-\u00eatre, transformer sa propre nature.<\/p>\n<p>Les cultures occidentales et orientales se croisent et se mettent \u00e0 dialoguer, pour la premi\u00e8re fois, au sein de l&#8217; \u00e9criture dramatique et de l&#8217; action sc\u00e9nique. Cette r\u00e9alit\u00e9 dite &#8220;postmoderne&#8221; ne peut autrement s&#8217; exprimer, que par les moyens th\u00e9\u00e2traux d&#8217; un valeure s\u00e9miotique vaste et solide, de sorte que le spectacle moderne puisse facilement comprendre le message sc\u00e9nique.<\/p>\n<p>Le th\u00e9\u00e2tre &#8220;historique&#8221;, ancr\u00e9 dans le r\u00e9el du monde pr\u00e9cis (dej\u00e0 d\u00e9pass\u00e9 par les conditions socio-historiques contemporaines), n&#8217; est plus capable de parler \u00e0 l&#8217; homme \u00e0 la fin du XXe si\u00e8cle. Il en est encore moins capable de repr\u00e9senter les attentes d&#8217; un public qui est loin de la tradition th\u00e9\u00e2trale occidentale et europ\u00e9enne. En revanche, le mythe surgit \u00e0 nouveau comme moyen expressif valable \u00e0 tous temps et chaque soci\u00e9t\u00e9, depuis l&#8217; antiquit\u00e9 jusqu&#8217; \u00e0 nos jours. Disposant de &#8220;zones d&#8217; ind\u00e9termination, d&#8217; ambiquit\u00e9s et contradictions qui favorisent des lectures divergentes&#8221;, les formes mythiques restent toujours des formes ouvertes \u00e0 un nombre d&#8217; intermediations \u00e0 l&#8217; infini, donc elles sont par excellence celles dont a besoin l&#8217; homme d&#8217; aujourd&#8217; hui, vivant dans un monde de contradictions et d&#8217; instabilit\u00e9. Mais, sa forme et son contenu, ne restent pas les m\u00eames. Ils se modifient et se transforment \u00e9galement, selon des exp\u00e9riences socio-historiques et des conditions existentielles v\u00e9cues par des gens du th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p>Or, la nouvelle &#8220;mythification dramatique&#8221; du th\u00e9\u00e2tre moderne, constitue une synth\u00e9se \u00e0 caract\u00e8re dialectique, dans laquelle les &#8220;g\u00e9notextes&#8221; mythologiques connus de l&#8217; antiquit\u00e9 grecque continuent \u00e0 \u00eatre pr\u00e9sents, assurant l&#8217; universalit\u00e9 et l&#8217; inter-temporalit\u00e9 du mythe th\u00e9\u00e2tral. N\u00e9anmoins leur expression moderne forme une cr\u00e9ation intertextuelle et interculturelle qui cherche \u00e0 r\u00e9pondre aux questions historiques et m\u00e9taphysiques de l&#8217; homme contemporain, sur la vie et la mort, la libert\u00e9 et l&#8217; oppression, le pr\u00e9sent et l&#8217; avenir, le rapport avec la nature et autrui. Car l&#8217; inscription textuelle du mythe ancien dans la litt\u00e9rature moderne d&#8217; un pays de culture diff\u00e9rente, ou encore la doublure du r\u00e9cit mythique par des signifi\u00e9s modernes, rel\u00e8vent cette sorte d&#8217; \u00e9criture dramatique capable d&#8217; exprimer les besoins de l&#8217; homme d&#8217; aujourd&#8217; hui et de toujours.<\/p>\n<p>Par del\u00e0, nous croyons que cette nouvelle mythification th\u00e9\u00e2trale ne peut \u00eatre \u00e9loign\u00e9 du &#8220;sacr\u00e9&#8221; comme il \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9 par des mythes archetypes de l&#8217; homme primitif, et de m\u00eame et par la suite, sous forme de l&#8217; &#8220;exceptionnel&#8221; et du &#8220;transcendant&#8221; dans la trag\u00e9die grecque ancienne.<\/p>\n<p>Cependant, ces cr\u00e9ations de mythologies th\u00e9\u00e2trales nouvelles, m\u00eame si elles se pr\u00e9sentent sous forme diff\u00e9rente, ne constituent qu&#8217; \u00e0 la limite les expressions de l&#8217; universalit\u00e9 du mythe, qui redevient ainsi le noyau du th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p>Bien entendu, ce ne sera ni le seul aspect ni la seule forme du th\u00e9\u00e2tre \u00e0 venir. Conjointement \u00e0 celle-ci, cohexisteront \u00e9galement d&#8217; autres plus proches de la notion de &#8220;spectacularit\u00e9&#8221;, produits des influences audio-visuelles. N\u00e9anmoins, cette nouvelle tendance que se tourne vers le pass\u00e9 afin d&#8217; exprimer l&#8217; avenir, qui cherche \u00e0 s&#8217; \u00e9loigner du profane et \u00e0 trouver dans le &#8220;sacr\u00e9&#8221; la source d&#8217; inspiration et de cr\u00e9ation artistique, d\u00e9j\u00e0 apparue chez des dramaturges et des metteurs en sc\u00e8ne contemporains, m\u00e8ne le th\u00e9\u00e2tre \u00e0 sa transformation qualitative. Le &#8220;mythe de l&#8217; \u00e9ternel retour&#8221; s&#8217; est mis en route.<\/p>\n<p>REFERENCES<\/p>\n<p>BABLET, D (1973) &#8220;Rencontre avec Peter Brook\u00a0Interview de Denis Bablet&#8221;,\u00a0<u>Travail Th\u00e9\u00e2tral<\/u> 10, 19-21<\/p>\n<p>BARBA, Eug. 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